LE LOW-TECH, QU'EST CE QUE C'EST ?

Un aquarium « Low-tech » dans le sens premier du terme est tout simplement un bac sur lequel l'équipement technique sera réduit au minimum : filtre, éclairage basique et chauffage si nécessaire. La plupart des bacs d'aquascaping étant clairement par opposition des aquariums « High-tech » (avec un éclairage puissant et un système d'injection de CO2, plus éventuellement pHmètre, pompes de brassage, pompes de dosage, etc...) on comprend facilement qu'aquascaping et Low-tech puissent être considérés comme incompatibles. Il s'agit là de ce qu'on peut appeler une idée reçue car comme nous allons le voir il est tout à fait possible de faire de l'aquascaping low-tech.

Aquascaping low tech

Aquascaping et Low-tech incompatibles... ? (photo Norbert SABAT)

POURQUOI CHOISIR LE LOW-TECH ?

Se lancer dans ce type d'aquarium présente des avantages principalement en termes de coût et de simplicité.

En effet, très logiquement, moins de matériel = moins de dépenses.

Les systèmes d'injection de CO2 par exemple sont des produits onéreux. Leur coût peut varier d'une cinquantaine d'euros pour les plus simples (destinés au nano aquariums) jusqu'à plusieurs centaines d'euros pour les plus perfectionnés. Autant d'économisé dans le cas du Low-tech.

L'éclairage est l'autre poste important de dépense pour l'aquascapeur : qu'il choisisse d'acquérir un bac tout équipé du commerce et d'en améliorer/remplacer l'éclairage (car la quasi totalité des bacs vendus équipés n'offrent pas une intensité lumineuse suffisante pour faire de l'aquascaping « classique », sous-entendu High-tech) ou d'investir dans une cuve nue et d'acheter l'éclairage séparément, l'aquascapeur devra sortir son porte-monnaie là ou l'amateur de Low-tech pourra s'en passer. Ici encore les coûts sont très variables mais peuvent approcher le millier d'euros pour un grand aquarium si l'on souhaite par exemple un éclairage LED haut de gamme.

Enfin d'autres postes de dépenses peuvent être supprimés - ou pour le moins réduits – dans un bac Low-tech, comme par exemple le sol nutritif (ou le sol complet) puisque comme nous le verrons plus loin beaucoup des plantes classiquement utilisées en Low-tech peuvent s'en passer, ou encore les engrais, un aquarium Low-tech réclamant généralement une fertilisation liquide moins abondante et pointue qu'un High-tech, voire pas de fertilisation du tout.

Il peut même être possible de pousser le concept du Low-tech un peu plus loin en allant jusqu'à se passer de filtre. Même si cela peut paraître inconcevable pour beaucoup d'aquariophiles, c'est faisable, mais - précisons le bien - à certaines conditions (notamment que l'aquarium soit peu peuplé, avec un sol susceptible d'abriter une colonie bactérienne très importante, une végétation abondante, et avec l'aide d'une pompe de brassage pour éviter que l'eau ne stagne).

L'aquarium Low-tech présente également l'avantage de la simplicité, lors de la mise en eau bien sûr, puisqu'il y a moins de matériel à installer. La mise en service par exemple d'un système CO2 complexe peut s'avérer ardue et représenter un obstacle pour un néophyte pas spécialement à l'aise avec la technique...

Par la suite, en termes de maintenance, l'aquarium Low-Tech est également plus simple à gérer qu'un aquascape « normal » pour plusieurs raisons.

D'abord, avec un éclairage réduit et sans injection de CO2, la végétation aquatique poussera sensiblement moins vite. En conséquence, les opérations de taille des plantes seront réduites et plus espacées que dans le cas général où il peut être nécessaire dans certains cas de tailler toutes les semaines. Toujours en raison de cette croissance modérée, les plantes consommeront moins de nutriments, la fertilisation liquide pourra donc être significativement simplifiée par rapport au High-tech, voire même totalement abandonnée si un équilibre peut être trouvé dans l'aquarium entre la production de macronutriments par dégradation des déchets, l'apport de micronutriments par les changements d'eau et la consommation de ces deux types de nutriments par les plantes. Il conviendra pour espérer trouver cet équilibre que le bac ne soit pas trop peuplé. Enfin, du fait de l'intensité d'éclairage limitée, le risque de voir le bac envahi par les algues sera réduit, ou disons en tout cas que vous aurez une plus grande marge de manœuvre (dans la fertilisation, les changements d'eau, ou en cas d'incident technique) que dans un bac High-tech, dont l'équilibre est plus facilement et rapidement compromis.

LE LOW-TECH, QUELLES LIMITES ?

A la lecture de ce qui précède on pourrait presque s'imaginer que le Low-tech est la façon idéale de faire de l'aquascaping et se demander quelle raison peut bien pousser les jardiniers aquatiques à faire plus compliqué et plus cher. Cette raison existe, elle est très simple et c'est l'inconvénient principal du Low-tech : dans les conditions offertes par un aquarium Low-tech le choix de plantes est limité.

L'absence d'injection de CO2 joue un peu, mais c'est surtout le manque d'intensité de l'éclairage qui posera problème pour la maintenance de certaines plantes. Vous pouvez par exemple d'entrée oublier les tapis de plantes gazonnantes, qui nécessitent un bon éclairage. De même la grande majorité des plantes rouges (sauf Ludwigia palustris et éventuellement Alternanthera reineckii sp. Mini) ont besoin de beaucoup de lumière pour afficher réellement de belles couleurs. Bien entendu rien ne vous interdit d'utiliser ces plantes dans votre aquarium Low-tech, mais au mieux elles végèteront et présenteront des couleurs ternes, pâle reflet de ce qu'elles pourraient être, au pire elles s'étioleront en quelques semaines.

Bolbitis heudelotii en aquarium low tech

Bolbitis heudelotii, plante très utilisée dans l'aquascaping Low-tech (photo Aquascape-boutique)

La première idée qui vient alors à l'esprit pour éviter cette limitation dans le choix de plantes est de faire du Low-tech avec un éclairage suffisamment puissant pour pouvoir maintenir n'importe quelle plante, malheureusement cela serait trop simple. En matière d'aquariophilie tout est question d'équilibre, et plus particulièrement en matière d'aquascaping, équilibre entre les différents apports faits pour assouvir les besoins des plantes : lumière, nutriments, et CO2. Si ces trois éléments ne sont pas fournis en quantités équilibrées (dans le cas évoqué ici, pas assez de CO2 par rapport à l'intensité lumineuse fournie) , les plantes ne pousseront pas, les algues envahiront le bac, qui courra à la la catastrophe.

Une fois cette limitation admise il reste malgré tout un choix de plantes permettant de créer de superbes jardins aquatiques, à commencer par toutes les variétés de mousses (de la classique mousse de Java à la Christmas moss en passant par la Flame moss, la Taiwan moss, la Weeping moss, et d'autres encore, mais aussi Riccardia chamedryfolia, Fissidens fontanus ou Cladophora aegragrophila), la plupart des plantes épiphytes (Anubias spp., Microsorum spp., Bolbitis heudelotii et difformis, Bucephalandra spp.), de nombreuses Hygrophila (polysperma, corymbosa, difformis, « 53B » de Tropica, etc...) ou les grandes classiques que sont les différentes variétés de Cryptocorynes, de Vallisneria, d'Echinodorus ou de Sagittaria (Sagittaria subulata est la seule plante susceptible de créer un tapis avec un éclairage faible, mais compte tenu de sa hauteur elle est à réserver aux grands aquariums). Ces plantes sont toutes dites « faciles », donc susceptibles d'apporter de la satisfaction même aux débutants et sont les principales pouvant se contenter d'un éclairage faible, mais introduire dans un bac Low-tech des plantes nécessitant un éclairage moyen (donc un peu plus exigeantes) peut être possible selon les cas.

Les plantes flottantes telles que Limnobium laevigatum, Salvinia natans, Azolla caroliniana ou Pistia stratiotes et Eichornia crassipes (à réserver aux grands bacs ouverts pour les deux dernières), qui sont habituellement quasiment bannies de l'aquascaping parce qu'elles font de l'ombre aux plantes situées en dessous d'elles, peuvent avantageusement être utilisées dans les bacs Low-tech car elles puisent dans l'eau de grandes quantités de nutriments (dont l'azote des nitrates et le phosphore des phosphates), compensant ainsi la consommation modérée les plantes listées précédemment, qui sont souvent à croissance relativement lente.

Plantation aquarium low tech, par Aquascape Boutique

Une plantation Low-tech typique : Anubias, Microsorum et mousses, toutes peu exigeantes en éclairage (photo Aquascape Boutique)

En termes de population il n'y a pas de restrictions spécifiques au bac Low-tech aquascapé, tout juste faut-il éviter, plus encore que pour un aquarium classique, de surpeupler l'aquarium, simplement parce que, comme évoqué précédemment la consommation de nitrates et phosphates par les plantes étant moindre que dans un bac classique, la quantité de pollution engendrée par les habitants doit elle aussi être moindre.

L'option Low-tech réduit donc légèrement le champ des possibles et bride ainsi quelque peu la créativité de l'aquascapeur, mais il reste clairement possible de s'engager sur cette voie et de parvenir à créer de magnifiques paysages aquatique. Le hardscape notamment, qui revêt de nos jours bien souvent une importance capitale dans la conception d'un layout, n'est quand à lui pas du tout impacté par le choix Low-tech / High-tech, il sera donc possible d'utiliser roche et bois de manière aussi spectaculaire et harmonieuse dans l'un que dans l'autre.

Dans le petit monde de l'aquascaping, le terme Low-tech a d'ailleurs généralement une connotation un peu différente de la définition de base (aquarium avec équipement technique réduit), et désigne par extension un style de décor aquatique ayant une atmosphère particulière, très naturelle, voire un peu mystérieuse, due à l'éclairage légèrement tamisé, à la coloration verte prédominante dans la plantation et souvent à la présence de plantes classiques du Low-tech telles que Bolbitis heudelotii, mousses et Anubias.

Aquascaping low tech

Les décors "Low-tech" offrent souvent une ambiance particulière, un peu mystérieuse (photo Norbert SABAT)

Notre conclusion est donc sans équivoque qu'aquascaping et bac Low-tech ne sont aucunement incompatibles. Le Low-tech peut au contraire être une porte d'entrée dans l'aquascaping, permettant aux débutants de faire leurs premières armes de jardinier aquatique plus facilement, et à ceux qui ne souhaitent pas trop investir de leur temps ou de leur argent dans l'aquarium de se faire plaisir malgré tout, en restant bien entendu conscients des limitations induites par le choix de ce concept d'aquarium.

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