Parmi les millions de possesseurs d'aquariums (entre 8 et 10% des français), l'aquariophile passionné se « spécialise » souvent rapidement dans une branche particulière de ce hobby : certains s'intéressent à la reproduction des poissons, d'autres aux aquariums d'eau de mer, d'autres encore à certains types de poissons ou crustacés, etc...

L'aquascaping est une de ces branches spécialisées, dans laquelle l'aquariophile a une approche que l'on pourrait qualifier d'artistique. Son but est simplement de créer dans son aquarium un paysage le plus esthétique et harmonieux possible, et ce uniquement à partir de matériaux de base naturels : des plantes, du bois, des pierres, du sable.

A L'ORIGINE : LES BACS HOLLANDAIS

Si le souci de l'esthétique d'un aquarium remonte sans doute aussi loin que l'existence de l'aquariophilie elle même, il faut attendre les années 50 (et notamment la banalisation de l'éclairage électrique) pour voir les prémisses de l'aquascaping s'organiser.

C'est aux pays-bas, pays horticole par excellence, qu'apparaissent les premiers bacs plantés. Les « aquariums hollandais » (ce terme devenant par la suite une sorte d'appellation officielle) sont les premiers à privilégier l'esthétique et la plantation.

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Photo Aquascape Boutique

Les plantes y sont placées dans les meilleures conditions possibles et mises en valeur par la composition du plan de plantation à travers des jeux de couleur, de formes et de tailles des feuilles et les contrastes ainsi créées.

On ne trouve ni pierre ni bois dans ces aquariums, les créateurs étant uniquement focalisés sur les plantes.

LA REVOLUTION "NATURE AQUARIUM"

Il faut ensuite attendre les années 90 pour qu'un nouveau grand pas dans l'évolution de l'aquascaping soit franchi sous l'impulsion de Takashi AMANO. Photographe et passionné de nature, il crée un nouveau courant qu'il nomme « Nature aquarium ».

Aquascape par Takashi Amano

www.adana.co.jp

Il s'agit là toujours d'aquariums plantés mais, à l'opposé des aquariums hollandais qui, s'ils sont indéniablement esthétiques, ont un rendu visuel assez artificiel, le « Nature aquarium » s'inspire directement de la nature et tente de recréer des paysages à l'aspect sauvage et naturel, comme s'ils étaient apparus spontanément dans l'aquarium.

Cette nouvelle approche donne des résultats esthétiquement très différents, d'autant plus qu'elle fait fi des règles de l'aquarium planté classique (respect des trois plans, plantes plantées en massifs, etc...) et utilise massivement ce qu'on appelle le hardscape (roches et pièces de bois).

Iwagumi par Takashi Amano

www.adana.co.jp

TENDANCES ACTUELLES

La « Nature aquarium » a depuis lentement fait son chemin d'asie jusqu'en occident, où il a acquis une certaine reconnaissance depuis quelques années, et supplante désormais les styles classiques d'aquariums plantés.

Aujourd'hui, à travers les nombreux concours nationaux ou internationaux d'aquascaping et grâce aux nouveaux produits spécialisés mis sur le marché, l'aquascaping semble être une activité pleine d'avenir, et qui offre aujourd'hui une large palette de styles plus ou moins proches du « Nature Aquarium » mais souvent inspiré par lui.

Arrêtons nous un instant sur les deux principaux "courants" apparus ces dernières années dans le petit monde de l'aquascaping :

Le premier est l'accentuation de l'importance du hardscape (racines et pierres). Takashi AMANO a été le premier à insérer dans ses « layouts » d'autres éléments décoratifs que les plantes, à savoir le bois et la roche et les adeptes de l'Aquarium Naturel ont donc suivi ce chemin en s'intéressant de plus en plus à ces nouveaux outils, l'ont développé, jusqu'à faire du hardscape l'élément principal de leurs compositions. On trouve ainsi aujourd'hui de superbes paysages aquatiques dans lesquels les plantes sont sensiblement moins présentes et ont surtout comme rôle de mettre en valeur le hardscape en « l'habillant » pour lui donner un aspect plus naturel, voire ancien. Il faut alors que la roche ou le bois aient un impact visuel très fort, et dans certains cas, les plantes deviennent même accessoires.

L'importance du hardscape en aquascaping

Photo Ulrich POUPIN

La seconde est la représentation très fidèle à petite échelle de paysages terrestres (que l'on nomme parfois diorama).

Si l'Aquarium Naturel « apprend » de la nature et s'en inspire, les adeptes de ce style vont plus loin encore en cherchant vraiment à reproduire dans leur aquarium des paysages - réels ou imaginaires - en miniature. Ce style dont l'esprit s'apparente presque au modélisme séduit facilement pour son côté un peu ludique et parce qu'il présente un type de décor auquel l'oeil du spectateur est plus facilement sensible car il y retrouve les repères de sa vie réelle.

On peut ainsi imaginer toutes sortes de reproductions, mais les thèmes de paysages miniatures les plus souvent traités sont :

- la montagne (« Mountainscape ») – Tout comme dans les décors de style Iwagumi, dont ils sont une évolution, la roche est l'élément principal du layout, mais on cherche ici à reproduire à petite échelle des massifs montagneux, agrémentés bien entendu d'un peu de végétation, en général des mousses ou des plantes gazonnantes à petites feuilles type Hemianthus callitrichoides « Cuba » ou Glossostigma elatinoides.

Mountainscape par Peter Kirwan

Photo Peter KIRWAN

- l'arbre (« Treescape »)– une racine pour figurer le tronc de l'arbre, un peu de végétation accrochée dessus et vous voilà avec un joli petit arbre dans votre aquarium. Le plus difficile est souvent de trouver la bonne racine, avec une base assez épaisse et rectiligne pour évoquer un tronc, mais également pourvue de nombreuses branches en haut, pour pouvoir y accrocher le « feuillage ». Pour ce dernier on utilise le plus souvent des mousses diverses (par exemple la Flame moss reproduit assez fidèlement les aiguilles d'un pin), Monosolenium tenerum, ou Fissidens fontanus.

Tree scape par Felipe Oliveira

Photo Felipe OLIVEIRA

- la forêt (« Forestscape ») – Dérivés du « treescape », ces décors sont construits selon les mêmes principes mais à plus petite échelle, avec bien entendu plus d'arbres. Selon l'approche visuelle choisie par l'aquascapeur, on peu alors au choix avoir l'impression d'être plongés au cœur de la forêt et entourés de troncs ou bien de surplomber cette forêt et d'en contempler la canopée

Forest scape par Zhang Jian Feng

Phot Zhang JIAN FENG

- le chemin ou le ruisseau – des quatre types de représentations miniatures citées, c'est celle qui est pratiquée depuis le plus longtemps et reste techniquement la plus simple à mettre en oeuvre : il suffit d'une coulée de sable habilement disposée pour évoquer aux yeux du spectateur une chemin serpentant entre 2 collines (représentées par des massifs de plantes) ou un ruisseau entre deux montagnes rocheuses.

Chemin tortueux dans un aquarium

Photo Michael WONG

Ce ne sont là bien entendu que les éléments de décor les plus couramment utilisés, mais un multitude d'autres représentations miniatures ont déjà été réalisées par divers aquascapeurs, de la chute d'eau à la maison de hobbit, en passant par la plage ou le désert planté de cactus.

Un désert peuplé de cactus dans un aquarium

Photo Stjepan ERDELJIC

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